Évangéline et la Vierge
Cette neuvième scène de la verrière, intitulée « Évangéline et la Vierge », se dresse à l’effigie de deux des femmes les plus importantes pour l’Acadie : Évangéline et Marie. C’est donc dans le symbolisme, plutôt que dans l’historiquement exact, que se situe ce panneau. Les liens unissant ces deux figures à l’Acadie sont profonds, et, dans bien des cas, et à bien des moments dans l’histoire, parmi les motivations premières de la survivance du peuple acadien.
Contrairement aux autres scènes des verrières du transept, celle-ci ne présente pas un moment spécifique de l’histoire de l’Acadie, rattaché à une date particulière. Bien qu’il soit possible de le situer dans le temps, près de la date de l’inauguration de la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, son interprétation demeure en quelque sorte abstraite. On peut observer sur le vitrail Évangéline, héroïne éponyme du poème de Longfellow, tout sourire, agenouillée devant la Vierge Marie. Dans ses bras, elle tient une représentation miniature de la Cathédrale qu’elle présente à la Sainte-Vierge. On devine à cette action un ex-voto, soit, dans le contexte religieux, une offrande faite à une sainte figure en guise de remerciement ou de vœu. C’est la Cathédrale même qui ici fait office d’ex-voto, faisant de cette scène une représentation symbolique de l’Acadie, dédiant son plus important patrimoine bâti à Marie.
L’illustration de Labouret fait parallèle à la réalité : la Cathédrale Notre-Dame-de-L’Assomption, comme son nom l’indique, est déjà en quelque sorte un ex-voto présenté par les Acadiens à Marie. Mais au-delà même de son nom officiel, la Cathédrale se veut « Monument de la reconnaissance », en l’honneur de celle dont l’étoile guida le peuple acadien à travers les drames du passé. L’histoire qui unit la Vierge à l’Acadie est aussi longue que l’histoire de l’Acadie, puisqu’elle aura été (et à ce jour elle demeure) la protectrice choisie par le peuple, il y a de cela des siècles. La Cathédrale, monument de la reconnaissance, représente l’étendue de la gratitude des Acadiens envers Marie, et est en quelque sorte la preuve ultime de la survivance du peuple.
La Sainte-Vierge accepte gracieusement l’offrande qui lui est présentée sur ce vitrail, et il n’en va pas de moins pour Évangéline, qui à ses pieds, est également l’image de la grâce. Évangéline est à l’Acadie ce que l’étincelle est à la flamme : lorsque, dans le siècle suivant la déportation, la communauté acadienne peine à se rebâtir, c’est elle qui devient le symbole de la résistance de tout un peuple. Le succès du poème de Longfellow rejoint l’Acadie au moment où elle en a le plus besoin, et la fierté que l’œuvre inspire contribue à souffler un vent de renouveau à travers la communauté. L’Acadie renaît, rebâtie par les Acadiens ; bien qu’elle n’ait pas réellement existé, Évangéline ne pourrait pas être plus vitale pour la diaspora.
Cette scène est un regard rempli d’espoir, à la fois sur le passé et sur l’avenir de l’Acadie. D’une part, l’offrande faite à Marie est un remerciement, et d’une autre part, une promesse d’une dévotion qui perdurera. Aux pieds de la Vierge, on peut observer des fleurs de Lys, symbole de l’espoir qu’elle inspire à la communauté acadienne. Tout au bas du panneau, un seul mot, énoncé clairement : « Gratitude ». C’est un chapitre de l’histoire des Acadiens qui clôt avec la consécration d’un Monument à Marie, mais un autre qui s’ouvre, toujours avec les symboles chers à l’Acadie, Évangéline et Marie.
Titre : Carte postale de la statue d’Évangéline à Grand-Pré, maquette par Louis-Philippe Hébert vers 1917 et bronze par son fils Henri, en 1920
Source : ©Collection Musée acadien de l’Université de Moncton 1988-261b
Titre : Mgr Melanson au pied de la statue de la Vierge, avant qu’elle ne soit hissée sur la façade de la cathédrale en juillet 1940
Source : ©Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson









