La première messe

Vitrail représentant un évêque debout devant un autel, portant une mitre et tenant une crosse, la main levée en signe de bénédiction. Deux clercs sont agenouillés à ses côtés en signe de respect. Dans un panneau inférieur séparé, un Sacré-Cœur enflammé est entouré de nuages stylisés.

La dixième et dernière scène de cette verrière, soit le moment le plus récent de l’histoire de l’Acadie, telle qu’illustrée par l’œuvre de Labouret, est une représentation de la toute première messe célébrée à la Cathédrale Notre-Dame-de-L’Assomption. Le 21 novembre 1940, sont rassemblés à la Cathédrale des fidèles de partout en Acadie, afin d’assister à la messe inaugurale du nouveau Monument de la reconnaissance. Plus tôt la même journée avait eu lieu la cérémonie d’inauguration de l’établissement, moins de deux ans après le début des travaux de construction.

Sur l’œuvre de Labouret, on aperçoit un personnage, la main levée, qui commande sur lui l’attention : il s’agit de Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, archevêque et Cardinal de Québec. C’est lui qui célèbre la toute première messe de la Cathédrale, lors de laquelle il bénit les fidèles, ainsi que l’Acadie en entier. Vêtu de la mitre traditionnelle et avec en mains une crosse, il est ici flanqué de deux hommes, tournés vers lui et agenouillés en prière. Derrière lui, on observe l’autel du sanctuaire.

Si le Cardinal Villeneuve se retrouve ainsi à donner la messe inaugurale à l’occasion de l’Action de grâce, ce n’est pas par coïncidence. En plus d’être, à l’époque, la figure religieuse canadienne la plus proéminente au monde, c’est un ami de longue date de l’Archevêque de Moncton, Arthur Melanson. En 1933, lorsque Mgr Melanson devient évêque de Gravelbourg, c’est au Cardinal Villeneuve qu’il succède, ce dernier étant sorti de fonction en 1931 après avoir été consacré archevêque de Québec. La même année, c’est-à-dire en 1933, Villeneuve est nommé Cardinal par le pape Pie XI, la fonction religieuse la plus élevée de la hiérarchie ecclésiastique, à l’exception du pape lui-même. Ce sont d’ailleurs les cardinaux qui ont la tâche d’élire le pape, et si la rumeur dit vrai, lors de la sélection de 1939, le Cardinal Villeneuve aurait été l’un des choix les plus fortement considérés, avant que la fonction ne revienne au Cardinal Eugenio Pacelli (Pie XII).

Le Cardinal Villeneuve et Mgr Melanson entreprennent notamment ensemble un voyage à Rome, où se situe le Vatican, en 1932. Là où ils se trouvent le plus d’affinités, cependant, c’est au soutien indéfectible que démontre le Cardinal à la cause acadienne, pour laquelle milite Mgr Melanson au sein du clergé. Alors que Mgr Melanson tente, lors de la décennie précédant sa nomination comme archevêque de Moncton, de faire valoir les intérêts de la communauté acadienne, il peut toujours compter sur le Cardinal en tant qu’allié.

Sept ans après avoir été remplacé par Mgr Melanson au poste d’évêque de Gravelbourg, c’est donc au Cardinal Villeneuve que revient la tâche de célébrer la première messe de la Cathédrale de Moncton, fruit des labeurs de la cause nationaliste acadienne. Il s’agit d’un honneur autant pour lui, que pour la communauté acadienne, qui se réjouit de recevoir la bénédiction du Cardinal. Mgr Melanson et Rodrigue Villeneuve décèdent tous les deux lors de la décennie suivante, en 1941 et en 1947, respectivement. La riche tradition initiée par cette toute première messe subsiste cependant, et aujourd’hui encore, la Cathédrale Notre-Dame-de-L’Assomption continue d’assurer une œuvre religieuse au sein de la communauté acadienne.

Titre : Mgr Melanson et le cardinal Villeneuve, lors d’un voyage en Europe, en 1932
Source : ©Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson

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