Le collège Saint-Louis
Cette scène, intitulée « le collège Saint-Louis », illustre la continuation de l’œuvre de l’éducation par la communauté acadienne. En 1874, soit dix ans après l’ouverture du Collège Saint-Joseph, l’abbé Marcel-François Richard fonde le Collège Saint-Louis, une académie qui se veut moins élitiste que son prédécesseur, et plus axée sur le nationalisme acadien.
C’est à Saint-Louis-de-Kent, dans la paroisse natale de l’abbé Richard, que l’établissement ouvre ses portes. À l’époque, le Collège de Saint-Joseph n’est pas fortement voué au militantisme acadien, malgré sa contribution à l’éducation d’une nouvelle génération d’Acadiens. L’enseignement y est offert en français et en anglais, les Irlandais catholiques étant admissibles à l’établissement et représentant une bonne part de la population étudiante. L’abbé Richard, l’une des figures de tête de la cause acadienne, envisage la création d’une académie qui, certes, offrirait une éducation bilingue, mais qui favoriserait le développement d’un nationalisme acadien fort : naît ainsi le Collège Saint-Louis, illustré en arrière-plan sur le l’œuvre de Labouret.
Au centre du vitrail figure l’abbé Marcel-François Richard, dont les contributions à l’Acadie sont immesurables. En plus de la fondation du collège, il fait construire de multiples églises, et prend part aux deux premières conventions nationales acadiennes. Lors de ces conventions, il propose notamment de faire de l’Ave Marie Stella l’hymne national de l’Acadie, aide à l’adoption du drapeau acadien, et collabore de façon très engagée au choix d’une fête nationale. Dans cette scène, il est représenté entouré d’enfants, qui, livres en main, tournent leurs regards vers lui : ces derniers, grâce à son œuvre envers l’éducation, parviennent à bénéficier d’une formation fondamentalement acadienne. L’abbé Richard se voue sans répit à la cause acadienne, qu’il s’agisse de la défense des Acadiens victimes d’injustices, ou bien de la lancée d’un mouvement de colonisation.
Quant au Collège Saint-Louis, il forme avec grand succès des étudiants francophones et une certaine minorité anglophone pendant quelques années, mais connaît une fin prématurée à l’issue d’un conflit entre Acadiens et Irlandais. C’est le 5 juillet 1882, à la suite d’une séance théâtrale bilingue tenue par les jeunes étudiants du Collège, que l’Évêque irlandais James Rogers prend la décision : le collège fermera ses portes, pour avoir « porté préjudice aux étudiants anglophones ». Cependant, le terme véritable qu’il emploie, tel que le témoignent ceux présents, serait que le Collège est « too frenchy », c’est-à-dire « trop français ».
Ouvert d’abord pour avancer le nationalisme acadien, le Collège Saint-Louis ferme pour de bon en raison de cette même cause. Les tensions entre Acadiens et Irlandais, manifestement déjà élevées, d’où la fermeture injustifiée de l’académie, ne feront que monter ; l’éducation et la religion, espaces partagés par ces deux communautés, écoperont de la majorité du conflit. Ce sont ces tensions et le désir subséquent de la communauté acadienne d’obtenir ses propres institutions qui mèneront plus tard à la fondation de certains grands établissements acadiens.
Titre : L'abbé Marcel-François Richard se préoccupe d'éducation pour assurer la survivance acadienne
Source : ©Centre d'études acadiennes Anselme-Chiasson PB1-212r
Titre : Église et collège de Saint-Louis-de-Kent,1880.









