Le collège Sainte-Anne

Le premier triptyque de cette verrière est dédié au Collège Saint-Anne, ainsi qu’aux événements et aux personnages qui ont précédé, influencé et succédé à sa fondation. Justement intitulée « Le Collège Sainte-Anne », la scène met en vedette l’établissement d’enseignement acadien situé à la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, avec trois panneaux : « Pointe de l’Église », « Arrivée des Eudistes » et « Bathurst 1920, Caraquet 1886 ». Ce sont les eudistes, des religieux de la congrégation de Jésus et de Marie, venus de France en 1890, qui ouvrent le Collège.

À l’époque, il est difficile pour les Acadiens d’obtenir une éducation francophone acadienne, qu’elle soit laïque ou religieuse. Le Collège Saint-Joseph, à vocation universitaire, opère toujours, mais le Collège Saint-Louis est défunt depuis huit ans déjà, ayant été perçu comme une menace par le clergé irlandais. Lorsque les eudistes viennent de France, les Acadiens, plus particulièrement ceux de la Nouvelle-Écosse, ressentent très fortement le besoin de mettre en place leur propre maison d’enseignement supérieur. La construction du collège commence ainsi dès leur arrivée, sous la supervision de ceux qui en seront plus tard reconnus comme les pères fondateurs : Gustave Blanche et Aimé Morin.

Le premier panneau de cette scène, « Point de l’Église », fait référence au village où se situe le Collège Sainte-Anne, soit Pointe-de-l’Église en Nouvelle-Écosse. On observe sur l’œuvre de Labouret plusieurs personnages, l’un adulte, et les autres, l’entourant, enfants. C’est le fondateur eudiste Gustave Blanche qui est ainsi illustré sur la vitre ; c’est d’ailleurs en son honneur qu’est nommé l’édifice Gustave Blanche, le premier du Collège. En plus d’avoir fondé l’établissement, lui et Aimé Morin s’occupent d’éduquer les premiers étudiants, représentés ici autour de Blanche. La construction n’étant pas encore terminée à l’époque, c’est dans le presbytère illustré en arrière-plan de la scène que se déroule l’enseignement.

Le deuxième panneau, « Arrivée des Eudistes », fait certes référence à l’arrivée des eudistes en Acadie, mais de façon plus large à l’impact qu’eut cette arrivée sur une nouvelle génération d’Acadiens. D’abord, illustré en arrière-plan de la scène, un clin d’œil aux origines de la congrégation eudiste, bien avant leur arrivée en Acadie : Jean Eudes, prêtre érudit du 17e siècle, est représenté assis, plume en main, se prêtant à l’écriture d’un texte. Passionné par l’éducation des prêtres, c’est lui qui fonde la congrégation. Devant lui sont deux personnages eudistes : à droite, Prosper Lebastard, et à ses côtés, Patrice-Alexandre Chiasson. En 1899, après un incendie qui rase complètement le collège Sainte-Anne, Prosper Lebastard prend les rênes et s’assure de sa reconstruction et de son administration. L’établissement est agrandi, et, pour les décennies à venir, rayonne encore plus fort. Sous la direction de Lebastard, le collège devient un lieu important de la cause acadienne. De son côté, Patrice-Alexandre Chiasson représente une première génération de religieux eudistes issus d’Acadie et non de France. Il étudie au Collège Sainte-Anne et devient le premier eudiste acadien, puis assure lui-même la direction du collège de 1908 à 1917. Si son œuvre avec l’établissement cesse en 1917, c’est parce qu’il est ordonné évêque cette même année ; il entre en fonction au diocèse de Chatham en 1920.

Le troisième panneau, « Bathurst 1920, Caraquet 1886 », concerne le Collège du Sacré-Cœur plutôt que celui de Saint-Anne ; ces deux établissements ont cependant plusieurs points en commun. C’est le curé de Caraquet, Théophile Allard, qui entreprend en 1894 la fondation du Collège Sacré-Cœur, dédié à l’éducation des Acadiens malgré les fortes tensions entre lui et ses supérieurs irlandais. La construction se fait alors à l’insu des supérieurs en question ; ces derniers, on le suppose, auraient été portés à refuser le projet du curé Allard. Le curé Allard, représenté à la droite et entouré d’étudiants, obtient en 1899 le support des eudistes, qui le rejoignent à Caraquet pour assurer l’ouverture du Collège. Parmi eux se trouve Gustave Blanche, qui devient supérieur de l’établissement dès l’été 1899. En 1915, le collège est, comme son prédécesseur Sainte-Anne, détruit par un incendie. Il est reconstruit à Bathurst en 1921.

Le Collège Sainte-Anne est le point liant plusieurs pionniers de l’éducation en Acadie, parmi lesquels plusieurs religieux eudistes. Aujourd’hui encore, l’établissement, nommé Université Sainte-Anne, continue de former des Acadiens de partout dans la diaspora.

Bg a propos bottom edge