La Déportation
Le premier triptyque de cette verrière, intitulé « La Déportation », est composé de trois panneaux, « Le Drame », « La Séparation », et « L’Épreuve », qui mis ensemble, illustrent l’un des événements les plus marquants de l’histoire de l’Acadie. En 1755, près de 150 ans après l’établissement français à Port-Royal, les autorités britanniques procèdent à l’expulsion des Acadiens du territoire qu’ils occupent, un épisode connu sous le nom de la « Déportation des Acadiens ».
C’est à partir de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse actuelle, que sont déportés les Acadiens. D’abord abandonné par les colons en raison de la distance le séparant de Port-Royal, le village actuel de Grand-Pré devient, à partir de 1682, la ville acadienne principale. À l’époque, les tensions sont fortes entre les Français, établis à Port-Royal en 1605, et les Anglais, arrivés à Jamestown en 1607. En 1704, Grand-Pré subit pour la première fois les répercussions de ces tensions, alors que la ville est ravagée par la deuxième guerre intercoloniale opposant la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre. C’est la lutte pour le contrôle de l’Amérique du Nord, et la colonie acadienne change à plusieurs reprises de mains. En 1713, ce sont les Britanniques qui obtiennent le contrôle de la ville, contrôle qui est ensuite récupéré par les Français en 1747. Le conflit est à son apogée en 1754, lorsqu’une quatrième guerre intercoloniale éclate ; à son issue, la Nouvelle-France tombe pour de bon aux mains des forces britanniques.
À ce moment, les Britanniques craignent les représailles des Acadiens, dont les origines sont françaises, en plus de convoiter leurs terres fertiles. L’Acadie, un peuple à part entière, et donc relativement peu impliqué dans les combats de la Nouvelle-France, refuse tout de même, en 1755, de signer un serment d’allégeance inconditionnelle à la Nouvelle-Angleterre. Étant la première puissance coloniale d’Amérique à la suite de sa victoire, l’Angleterre possède les moyens de mettre en œuvre un plan afin de se débarrasser du problème potentiel que représenteraient les Acadiens : une déportation massive. Il faut noter, cependant, que les plans de déportation des Acadiens datent d’au moins 1720, alors que les autorités de la Nouvelle-Angleterre doutent déjà de la loyauté du peuple acadien envers la couronne d’Angleterre.
À la veille de la Déportation, les maisons et cultures acadiennes sont donc incendiées, et les familles séparées et embarquées sur des bateaux. On les envoie en Caroline du Sud, en Géorgie, en Pennsylvanie, en Angleterre, où ils sont mal reçus et maltraités. Cet événement marque l’Acadie plus que tout autre dans son histoire, et occupe une place centrale de l’héritage acadien.
L’œuvre de Labouret sur ce chapitre de l’histoire acadienne est plus complexe, avec ses trois panneaux permettant plus de détails. Cependant, les scènes sont tout de même très chargées, chacune regorgeant d’informations. La première, « Le Drame », comprend plusieurs personnages non identifiés, mais présentés comme acadiens, dont certains en larmes. On y voit un homme et une femme, chacun avec un enfant s’accrochant à ses bras. « Le Drame » représente la tragédie de la déportation, avec la séparation des familles, et au fond du vitrail, les maisons du peuple en flammes. La deuxième scène, « La Séparation », illustre ce que l’on suppose être une famille, avec un homme, des femmes, et plusieurs enfants, soit en larmes, en prière, ou s’embrassant pour la dernière fois. On aperçoit derrière eux ce qui semble être un Britannique (non identifié) supposément menant à bien la déportation ; derrière lui, la mer, et les bateaux qui mèneront les Acadiens loin de chez eux. « La Séparation », concrètement, représente les membres des familles acadiennes, arrachés l’un à l’autre, ainsi qu’à leur patrie, par voie de mer. La troisième scène, continuation des deux premières, est « L’Épreuve », et montre deux soldats britanniques, entourés de femmes et d’enfants acadiens. On aperçoit à leurs pieds des baluchons, et les femmes sont à genoux, soit en prière ou en train de supplier. À l’arrière, la mer et le bateau, signifiant qu’il est l’heure de partir. « L’Épreuve » est un présage des défis à venir, et conclut ce chapitre du Grand Dérangement.
Titre : La dispersion des Acadiens huile sur toile par Henri Beau. 1900
Source : ©Collection du Musée acadien de l’Université de Moncton
Titre : Déplacements des Acadiens entre 1755 et 1816
Source : ©Landscape of – le paysage de Grand Pré












