Miscouche

Le quatrième et dernier triptyque de cette verrière est une continuité de la scène du précédent, avec une représentation de la deuxième convention nationale acadienne. C’est en 1884, à Miscouche, à l’île-du-Prince-Édouard, qu’a lieu cet événement, justement intitulé « Miscouche » dans l’œuvre de Labouret. Les trois panneaux qui composent cette scène, soit « Hymne national », « Choix de drapeau » et « Miscouche 1886 », représentent des moments forts et des décisions importantes prises lors de cette convention, et dans le cas du dernier, comportent également une légère erreur.

Les décisions marquantes de cette convention furent sans aucun doute celles concernant le choix d’un hymne national, et celui d’un drapeau pour l’Acadie. Les deux premiers panneaux de ce triptyque sont dédiés à ces symboles, qui, tous deux, sont des rappels de la relation privilégiée de la Vierge Marie et du peuple acadien. Le Monument de la reconnaissance prend encore une fois tout son sens, avec l’interprétation de cette scène qui démontre à quel point Marie est intégrée dans la culture et le patrimoine acadien.

Le troisième panneau du triptyque, à droite, est particulier par son titre erroné. C’est bien en 1884 qu’a lieu la convention de Miscouche, malgré ce que suggère le titre « Miscouche 1886 ». L’année 1886 ne pouvant être rattachée à la deuxième convention nationale acadienne par d’aucune manière notable, il faut supposer qu’il s’agit tout simplement d’une faute. C’est donc les 14 et le 15 août 1884, à l’église et au couvent de Miscouche, que se sont rassemblé les milliers d’Acadiens ayant effectué le déplacement. Après le succès de la première convention de 1881, qui s’est conclue avec la sélection d’une fête nationale, le peuple acadien n’a fait que gagner en ferveur ; ainsi des aménagements extérieurs sont donc nécessaires, alors que les Acadiens des Maritimes, du Québec et même du Maine rejoignent ceux de l’île-du-Prince-Édouard, pour encore une fois discuter du futur de l’Acadie. L’œuvre de Labouret illustre des Acadiens, mains jointes en prière, célébrant le succès de cette convention.

Ce futur repose sur l’affirmation de l’identité acadienne, elle-même largement influencée par la protectrice de son peuple, Marie. Le premier panneau, « Hymne national », illustre quatre personnages acadiens, en prières ou en pleurs, embrassant le nouveau drapeau acadien, et la bouche ouverte, chantant le nouvel hymne national. Cet hymne est l’Ave Maris Stella, signifiant « Salut, étoile de la mer », et cette interprétation spontanée commune s’est réellement produite lors de la convention de Miscouche. Devant le drapeau récemment adopté, la foule entame le nouvel hymne, geste démontrant la grande émotion accompagnant la décision. Avec l’adoption de cet hymne, l’assemblée de 1884 immortalise le lien entre Marie et l’Acadie, le chant étant une célébration de la Vierge. Il en est de même pour l’événement représenté par le second panneau, « Choix de drapeau », lequel illustre justement l’adoption du drapeau acadien.

Ce nouveau drapeau est orné du bleu, du blanc, et du rouge, soit les couleurs de la France, pays auquel remontent les origines des Acadiens. Y figure également une étoile : c’est celle de Marie, qui mérite encore une fois une place dans un symbole cher à l’Acadie. Le choix du drapeau est unanime, et c’est l’abbé Marcel-François Richard, figure influente du développement de l’Acadie, qui le déploie de manière solennelle pour la première fois devant un public acadien ému.

La scène, telle que Labouret la représente, est grandiose, et lie les personnages des trois panneaux, dont Marcel-François Richard, tous rassemblés autour du drapeau que ce dernier tient, et tous levant le regard vers l’étoile de Marie, qui illumine toute la scène. Les rayons de cette étoile, située sur le panneau du centre, se répandent sur toute la scène et entourent les Acadiens qui proclament, et continueront de proclamer pour les siècles à venir, leur reconnaissance à Marie. Le titre de « Monument de la reconnaissance » accordé à la Cathédrale ne fait que gagner en sens lorsque sont ainsi illustrés tous les symboles que dédie l’Acadie à la Vierge.

Titre : Dévoilement du drapeau tricolore étoilé, le soir du 15 août 1884, tableau réalisé par Claude Picard en 2005
Source : ©Claude Picard

Titre : Le premier drapeau acadien, adopté lors de la deuxième convention, en 1884
Source : ©Musée acadien de l’Université de Moncton

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