Le Réveil
« Le Réveil » est le troisième triptyque de cette verrière, et illustre un moment important de l’histoire du peuple acadien : celui de sa renaissance. Presque un siècle s’est écoulé depuis la déportation et la dispersion subséquente des Acadiens, et l’Acadie est en proie à ce que certains qualifieraient de « crise identitaire ». Les tragédies du passé, tombées dans l’oubli au fil du temps, ont emporté avec elles la fierté acadienne, qui peine à se réétablir. La Renaissance acadienne fait écho au mouvement de Renaissance démarré en Italie au XIVe siècle, et remet à l’honneur l’identité, la culture et le patrimoine de l’Acadie, que ce soit par la littérature, la législation, ou bien le développement de l’économie. Ce chapitre de l’histoire de l’Acadie culmine, et se termine, lors de l’événement représenté sur ce triptyque de Labouret, à savoir lors de la première convention nationale acadienne, en 1881.
C’est à plus d’un siècle d’isolement que met fin la convention ; les Acadiens, à leur retour en Acadie à la suite de la déportation, vivent dans la discrétion, et sont considérés (et se considèrent souvent eux-mêmes), comme citoyens de seconde zone, inférieurs aux anglophones. Après la traduction du poème Évangéline en 1865, qui marque le premier réel essor du mouvement de la Renaissance acadienne, le peuple acadien gagne en fierté et se met, pour la première fois, à réclamer la dignité et la place qu’il mérite en société. La convention de 1881, qui a lieu à Memramcook, concerne les intérêts de l’Acadie, et de l’Acadie uniquement ; il en sera de même pour toutes les conventions suivantes, la seizième et dernière ayant lieu en 1979. À l’occasion de cette rencontre, de nombreux discours et débats passionnés ont lieu, à l’issue desquels certaines décisions importantes concernant le futur de l’Acadie sont prises.
En se penchant sur la représentation de cet événement réalisée par Labouret, on peut constater, sur la vitre, quelques-uns de ces détails et personnages marquants associés à la première convention nationale acadienne. Dans le premier panneau, sur la gauche, figurent sept personnages certes non identifiés, mais dont le comportement illustré importe tout de même. Ils sont rassemblés, les mains jointes en prière, un indice de la présence toujours aussi forte de la dévotion catholique acadienne ; parmi eux se trouve naturellement une sœur. C’est cependant ce qui est représenté à l’arrière-plan de ce panneau qui est du plus grand intérêt : on peut supposer qu’il s’agit du collège Saint-Joseph, première université francophone des Maritimes, et lieu de la convention. L’ouverture de cet établissement, 15 ans plus tôt, est d’ailleurs considérée un important facteur de la prise de conscience du peuple acadien, menant à sa renaissance.
Sur le deuxième panneau, au milieu, figure l’avocat et député provincial Pierre-Amand Landry. Ce dernier, qui préside la convention, est en fait le premier avocat acadien, et est représenté sur cette scène le doigt levé au ciel, afin d’attirer l’attention de la foule qui l’entoure. Il annonce le résultat d’un vote décisif, celui au cours duquel l’assemblée acadienne doit choisir sa fête nationale. La date sélectionnée, le 15 août, est maintenue à ce jour, et est, encore une fois, un témoignage de la dévotion du peuple acadien envers Vierge Marie, protectrice de l’Acadie. Le 15 août est, après tout, le jour de l’Assomption de Marie, journée qui avait déjà son importance pour l’Acadie depuis l’époque de Louis XIII. Le troisième panneau, à droite, est lié au deuxième par son contexte.
On y observe l’abbé Marcel-François Richard, aussi connu sous le nom de « l’artisan » de la Renaissance acadienne, lui aussi entouré d’une foule. Sa contribution à cette première convention est remarquable notamment pour l’influence qu’il exerce afin de convaincre les Acadiens de s’affirmer en tant que peuple. Son appel passionné au réveil de l’identité acadienne se présente sous la forme d’une suggestion, celle représentée dans le panneau précédent, à savoir le choix d’une fête nationale propre aux Acadiens, distincte de celle des Canadiens français.
En somme, « Le Réveil » est une scène illustrant la revitalisation de l’Acadie, mise en œuvre de façon concrète lors de la première convention nationale acadienne. Si le peuple acadien est resté dans l’ombre lors du siècle suivant la déportation, la Renaissance acadienne est bel et bien son réveil.
Titre : Pierre-Amand Landry a étudié au collège Saint-Joseph dès son ouverture et deviendra le premier juge acadien en 1890
Source : ©Bibliothèques et Archives Canada PA-028336
Titre : L'abbé Marcel-François Richard, prêtre et pédagogue, est l'un des orateurs de la première convention, en 1881
Source : ©Centre d'études acadiennes Anselme-Chiasson Collection de photographiques PB1-212A












