Auguste
Labouret
Diverse, innovatrice, et surtout colossale, l’œuvre du maître-verrier et mosaïste français Auguste Labouret porte les marques de la passion et de l’acharnement hors-normes de son créateur. C’est dans de multiples pays, à travers plusieurs décennies et pour d’innombrables constructions que ce dernier partage son savoir-faire — un travail monumental dont la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption fait fièrement partie.
Acadie et fin de carrière
Comme la guerre de 1914 vingt-cinq ans auparavant, la guerre de 1939 force Labouret à opérer sous de nouvelles contraintes. Cette fois, elles lui viennent sous la forme d’une obligation, soit celle de demeurer au Canada jusqu’à nouvel ordre. En effet, Labouret supervise en 1940 la pose des mosaïques de la voûte centrale à Sainte-Anne-de-Beaupré, lorsqu’il lui est découragé, pour raison de sécurité, de retourner en Europe en temps de guerre. C’est alors que Louis-Napoléon Audet, architecte de la basilique, mais également de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, l’invite à venir réaliser des vitraux à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il accepte, et la cathédrale s’enrichit entre 1941 et 1942 de 36 vitraux – les deux grandes verrières historiées du transept, chacune détaillant des moments marquants de l’histoire acadienne. Si Labouret retourne en France après la Seconde Guerre mondiale, son travail à Notre-Dame-de-l’Assomption se poursuit tout de même : en 1955, lors d’un deuxième contrat, il ajoute dans la nef 10 paires de vitraux, cette fois créées dans son innovante dalle de verre, et chacune illustrant un mystère de Marie, patronne sainte de l’Acadie, ainsi qu’une femme de l’Ancien testament. En tout, 61 vitraux réalisés par Labouret figurent dans la cathédrale de Moncton, ce qui en fait l’une de ses œuvres les plus importantes (et l’une de ses dernières d’aussi grande envergure). Leur présence dans la nef et le transept, derrière le sanctuaire, et même tout en haut du jubé, derrière l’orgue, donnent vie à cet imposant monument acadien.
Titre : Vitraux en dalle de verre d’Auguste Labouret, derrière le sanctuaire de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption
Source : Photographie © Marc Blanchard
Les dernières années de la carrière de Labouret le voient tout aussi productif qu’il l’était à ses débuts, des décennies auparavant. Le maître-verrier, fait chevalier de la Légion d’honneur en 1938, est aujourd’hui reconnu pour un corpus artistique colossal que l’on retrouve partout en France et sur presque tous les continents ; il a réalisé, au cours de sa carrière, des œuvres pour plus de 200 édifices. Celui qui, lors de son enfance, avait côtoyé Jules Vernes, devient lui-même lors de son vivant un symbole du génie artistique français, mais malheureusement souvent méconnu. Travailleur prolifique et surtout amoureux du travail, il sut innover et avancer son domaine plus que tout autre artiste de son époque. Avec son travail à la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, il inscrit également son nom au patrimoine de l’Acadie. En 1964, à l’âge de 92 ans, et seulement 2 ans après avoir fermé son atelier et pris sa retraite, il décède à Crozon, dans le Finistère, en France. Son héritage et l’importance de son œuvre demeurent cependant intemporels. « À quoi bon travailler, dit-on, puisque le travail ne mène à rien ? Erreur, le travail mène au bonheur. » – Auguste Labouret (1871-1964)
Titre : Vitraux en dalle de verre d’Auguste Labouret, derrière l’orgue de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption
Source : Photographie Ginette Pellerin